Avancer, la tête haute, le c½ur fragile, le sang agité & les yeux mouillés.
Je l'avais pourtant dit, j'avais tout prévu. Je me souvient d'avoir dit "Je ne veux pas la monter, je ne veux pas m'attacher à Elle, pour ne pas vivre une deuxième rupture dont je ne tiendrais pas le coup cette fois". Je le savais, putain de merde, je savais très bien que j'allais m'attacher & que j'allais la perdre.. Au début c'était "Elle va être vendue donc je la verrais plus", mais ça a un peu changé entre temps, maintenant c'est "Je vais partir, je la verrais plus". Avant même de l'avoir monté une seule fois je le savais, je le savais, c'était Elle. C'était Elle qui allait soigner mon coeur, c'était Elle qui allait me redonné mon bonheur perdu, c'était Elle qui allait prendre une grosse place dans mon coeur. Il m'avait suffit d'un regard pour comprendre, pour l'apprécier, sans même la connaitre. Je me souviendrais toujours de ce jour, tu n'étais pas trop trop "montable" à l'époque, complètement fofolle, le coach venait de te monter pendant deux heures, à bosser à fond, moi je préparais mon cheval avec de l'avance. Et là il me lance "Lucile, prend ton casque, marche là longtemps". Juste ça. Sans avoir le temps de réfléchir j'avais ma bombe sur la tête & j'était près de toi. Elle paraissait tellement grande, je ne montait que des doubles poneys. Il m'a aidé à monté, sur la selle de dressage, mes pieds ne touchaient pas les étriers, donc je l'ai marché rênes longues, sans étriers, sans rien. S'en était assez, c'était sur, c'était Elle. Sentir ses muscles sous la selle, entendre ses naseaux ronfler, suivre la cadence de son pas rapide & régulier. Un jour, comme ça, je demande à te monter au concours interne, ne t'ayant jamais monté avant. Détente assez difficile, il a fallu que je m'habitue au caractère des chevaux, surtout au tient, très spécial. J'ai volé sur les obstacles de détente, puis je me suis lancé sur le parcours. Je me suis fait trainé tout le long, je ne trouvait pas les freins, je ne savais pas comment caler ta vitesse, je ne connaissait pas bien ton coup de saut. Mais en sortant de la carrière, j'avais ce sourire stupide, ce sourire de joie pure & simple, celui qui ne s'efface pas. Je me rappelle, je te comblait de mille caresses, & je disait à tout le monde qui me demandait comment ça s'était passé : "C'est trop génial, elle est trop bien, ça change, c'est génial !". Euphorique, oui c'est ça. Mais à cette époque j'avais Hidalgo, celui qui a prit mon c½ur entier, & donc je ne te montait que très rarement. Puis Hidalgo est partit. Je n'ai jamais été aussi mal de ma vie, j'espère ne plus jamais être aussi mal. Puis j'ai refusé de retourner au centre équestre, je n'avais plus ma raison de vivre, j'étais seule, livrée à moi même. Mais les chevaux compte tellement pour moi qu'il m'a été impossible de laisser tomber ça. Je me suis fait la promesse de continuer, de ne jamais m'arrêter, pour Lui, pour ma vie. Je montait un peu tous les chevaux, au début ça a été Little, mais je n'ai pas tellement accroché, je sais pas, ça ne collait pas entre nous. Puis on m'a confié une ponette, je l'ai monté environ un mois ou deux, puis j'ai fait un concours. A la suite de ça, j'envoyais un message à mon coach : "Est-ce que je pourrais monter un autre cheval ? Parce que je m'entend pas avec Louna, c'est difficile a expliquer mais j'y arrive pas & j'ai pas envie de continuer avec elle", a quoi il m'a simplement répondu "T'inquiète pas, on voit ça mercredi". Mercredi. Je passe au club house, voir qui je monte. Je vois mon prénom d'inscrit, je suit du doigt. Koona. C'était écrit. Koona. C'est là que tout à commencé. Aujourd'hui, ça fait quelques mois que je la monte, je commence à comprendre comment elle fonctionne. Je l'aime tellement. Même quand elle fait n'importe quoi, même quand elle part au triple galop sans raison, même quand elle charge devant les obstacles, même quand elle agite la tête quand elle ne veut pas faire quelque chose, même quand elle donne un coup de cul pour partir au galop, même quand elle tape des sauts déstabilisant, même quand elle lève la jambe quand je lui met les protections. Elle a beau être chiante, n'aimer aucun cheval, avoir ses sautes d'humeur, je l'aime. C'est pourtant évident, elle & moi. Mais quand la monitrice m'a dit "Alors ! C'est quand que t'achète Koona ?", tout s'est écroulé autour de moi. Je voudrais tellement, tellement. Mes parents non. Ils l'ont bien dit "Tu t'achètera ton cheval après tes 18 ans, avec ton argent". Moi ça me convenait, je la monte chaque mercredi & samedi, je la sort en concours, dans ma tête c'est un peu la mienne. Mais. Oui, mais je part loin l'année prochaine. Je ne la monterais plus que les samedis étant à l'internat la semaine. Je ne sortirais plus en concours avec elle mais avec les chevaux du lycée. En plus, elle va être vendue. A quelqu'un d'autre. A quelqu'un d'autre que moi. Je ne veux pas la perdre, je ne peux pas la perdre, je ne supporterais pas ce coup là.. Je vais donc profiter de cette saison de concours, profiter au max du dernier championnat de France où je représenterais mon club. Après, je devrais la laisser. La laisser.. Cette petite jument à prit plus de place que prévu dans mon c½ur. KOONA. ♥